Il n’y avait (presque) plus personne.

Si les pelleteuses continuent de détruire le bidonville, l’endroit s’est figé le temps d’un week-end, prenant des allures de ville fantôme où certaines jeunes âmes continuaient d’errer.

C’est par le chemin des dunes qui borde « l’ex-jungle » que nous accédons à l’école. Du moins ce qu’il en reste. Accompagnés d’un bénévole habitué des lieux, Afghan naturalisé français il y a de cela quelque temps, nous tâchons de glaner les débris susceptibles de servir. Des tables, des duvets, des agrafeuses… Tout est bon à prendre dans la mesure du possible.

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Avant nous, nombreuses sont les personnes venues faire de même. Alors que nous inspectons les lieux, deux enfants s’approchent de ce que l’on distingue être un ancien portail. Stoppés net à la vue de l’école, ils rebroussent chemin. « Des enfants logeaient ici », confie un bénévole présent. Les salles de classe et le toboggan érigés au centre du bâtiment se sont affaissés sous les coups de pelleteuses pour laisser la place à un tas de taules froissées et de bâches trouées.

Quelques mètres plus loin s’élève l’église. Seule structure restante de la partie sud du bidonville, elle a abrité sa dernière prière dimanche. Lors de notre passage, des Érythréens se recueillent sur son parvis. Le visage creusé par la fatigue, le regard perdu dans l’incertitude du futur proche, ces hommes à la piété inconditionnelle savent que la destruction de leur sanctuaire est à venir.

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Par un tour de passe-passe de la part de bénévoles, la préfecture avait octroyé un délai au lieu de culte. A l’annonce de sa destruction, les associations catholiques de la région avaient été mobilisées et l’affaire était remontée aux oreilles de l’évêque. Ce dernier avait fait pression sur les autorités pour maintenir l’église en place et la gestion du lieu avait été confiée à l’Auberge des Migrants.

A son angle, de nouvelles salles de classe. Une « jungle », dit la majorité de la population. Un lieu où « règne la loi du plus fort ». Un lieu où l’éducation semblait pourtant être la priorité. Ici se trouve la « Jungle books ». Une librairie dont les livres tapissent aujourd’hui le sol humide de la lande. L’ironie, c’est que l’un d’eux est ouvert au chapitre « La condition du bonheur ». Un bonheur depuis longtemps bafoué pour ceux qui côtoyaient ces lieux de culte-ures.

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Depuis mars, la nature a repris ses droits sur le terrain. Les herbes hautes habitent désormais l’espace. En s’y enfonçant, nous percevons des caravanes. L’endroit où logeaient les familles. A notre surprise, des jeunes jouent avec des extincteurs en bordure des containers. Alors que la préfète du Nord-pas-de-Calais avait annoncé mercredi dernier que « la mission était remplie » et l’évacuation terminée, près de 1500 mineurs isolés y résidaient.

Sur notre route, nous croisons Amin, un ex-officier de l’armée afghane. Parti à Paris pour une semaine, la situation y était finalement trop difficile. A son retour, c’est le désarroi. Egaré, il s’approche de nous et nous demande ce qu’il se passe. Une fois la situation expliquée, il nous regarde, désemparé, avant de nous demander : « Et maintenant, je fais quoi ? ». Il est aujourd’hui en sécurité.

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A l’intérieur des caravanes, nous trouvons des bouteilles de gaz. Par précaution, nous décidons de les enlever, de peur que l’une n’explose. Dans les cuisines, des restes de nourritures pourrissent. Les placards ont été partiellement vidés. Les familles qui vivaient ici sont parties à la hâte. Derrière elles, des pillards ont retourné, éventré, les matelas, dans l’espoir de dénicher de quoi survivre. Une batte à la main dans la main gauche, un jeune afghan s’approche de nous. Il esquisse un sourire, puis brandit, de sa main droite, un maillot de Lionel Messi en s’écriant :« Barcelona ! ».

A l’heure où sont écrites ces lignes, 38 bus ont été affrétés pour répartir les 1616 mineurs isolés dans des CAO en France. Ils sauront dans les semaines à venir si leur dossier de transfert vers le Royaume-Uni a été accepté par les autorités britanniques.

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Pour certains, la « Jungle » n’est donc qu’un souvenir. Le Chef de l’Etat a lui même assuré qu’« elle est évacuée. Elle sera sécurisée. Plus personne ne pourra la rejoindre », avant de saluer « une opération qui a été conduite de manière humaine et digne, mais aussi efficace et ferme ». 

Quant à l’église, elle ne sera pas détruite tant que des réfugiés seront sur place. La lande de Calais, un souvenir ? Si le bidonville a aujourd’hui été détruit, nombreux sont pour autant ceux déterminés à rejoindre les côtés anglaises. Le bruit court que certains réfugiés ont déjà quitté leur CAO, pour rejoindre Calais.

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